samedi 31 août 2013

Comment traverser le Parc de la Vérendrye à vélo

En arrivant au petit bâtiment marquant la sortie Sud du Parc, j’étais un ti-peu fatigué. Après tout, j’avais commencé à pédaler à 5h45 ce matin-là et il était à présent 17h et des poussières. Mais une grosse boule de fierté avait pris le dessus dès le moment où, quelques minutes plus tôt, j’avais aperçu le bâtiment au bout de la route. Assez pour que je demande à la blague à l’employé s’il ne vendrait pas un t-shirt du genre « j’ai traversé le Parc de la Vérendrye à vélo ».

Eh non. Entre casquettes, gilets et cartes postales, il n’y en avait que pour des images de poissons et d’orignaux.

Mais quel pays magnifique. Des lacs d’un bleu éclatant et des baies et des criques. Des rivières tranquilles. D’autres coupées par des rapides. Et des arbres à l’infini. La nature comme aucun autre parcours de vélo de route au Québec ne vous permettra de la voir aussi longtemps.

Pour qui voudrait tenter l’aventure, cinq choses à vérifier :

1) Vérifiez si la route qui traverse le Parc, la 117, fait partie de la Route Verte. Vous pouvez déjà cocher cette case : c’est oui. Ça veut dire un large accotement asphalté tout au long des 175 km (et même tout au long des 280 km de Val d’Or jusqu’à Mont-Laurier). Ce qui place le cycliste à une distance sécuritaire des autos et des camions. Je pense avoir vu un million de petits panneaux vert et blanc « La route verte » pendant la journée.

Juste à la sortie de Val d'Or. Le cycliste qui se trompe de direction ici a une chance sur deux de le regretter longtemps.

2) Ne soyez pas pressés. Dans un voyage de longue haleine, nous, cyclistes, nous fixons généralement un objectif : par exemple, Montréal-New York, 4 jours. Donc, chaque matin, beau temps mauvais temps, on part. Mais cette fois, j’ai choisi de rester deux jours de plus à Val d’Or (voir le texte précédent: Val d'Or, ville cyclable), le temps que la météo cesse d’annoncer des orages intermittents. Parce que de la pluie, c’est rien, mais des orages dans un Parc, non merci. Et à quoi bon traverser un territoire magnifique si on ne peut pas l’apprécier?

Le lac MacLaurin, au petit matin.

La rivière des Outaouais, eh oui, pas mal plus au Nord que là où on la prend généralement en photo.

3) Soyez calculateurs. S’il y a 280 km entre Val d’Or et Mont-Laurier, il n’y en a que 207 entre le Motel Royal de Louvicourt —village situé plus près de l’entrée Nord du Parc— et les motels pour camionneurs de Lytton, tout de suite après la sortie Sud. J’ai donc fait une « pré-journée » —une fin d’après-midi— d’une trentaine de kilomètres, de Val d’Or à Louvicourt : ça faisait déjà ça de moins. Et j’aurais peut-être même pu en sauver 25 autres en prenant un motel isolé, situé tout juste à l’entrée Nord du Parc —dont Google ne m’avait jamais révélé l’existence. À vérifier pour une prochaine fois.

C'était difficile à cadrer, mais il y avait de l'eau des deux cotés pendant près d'un kilomètre.

4) Soyez calculateurs (bis). Même avec 207 km à faire pour la journée, il reste de la marge pour des pauses. Par exemple, si vous disposez de 14 heures (de 6h à 20h), ça représente une moyenne de 15 km à l’heure, incluant les pauses. Ou, calculé autrement : 20 km à l’heure, avec une pause de 15 minutes toutes les heures.

De temps en temps (mais rarement), quelques traces d'une civilisation passée. La pourvoirie de Dorval Lodge (80 km après Louvicourt).

5) Repérez les frigos à l’avance. Rien de plus encourageant pour un cycliste en train de gravir une côte que de calculer mentalement les kilomètres qui restent avant la prochaine pause... plutôt que ceux qui restent d’ici la fin de la journée! Ainsi, à mes kilomètres 80, 120 et 149, on lisait sur ma carte, « boutiques ». (carte du Parc ici) Soit des lieux où, à l’entrée d’un camping ou d'une pourvoirie, quelqu’un vend essentiellement du matériel de pêche... mais pas seulement: impossible d’imaginer une boutique au milieu de nulle part qui ne vendrait pas aussi des cannettes de boissons gazeuses bien froides! Quant à la pause du km 149, au lieu-dit « Le Domaine », elle comportait aussi un vrai restaurant et un vrai dépanneur. Le grand luxe.

C'est de l'algonquin.

Le traverser en un jour ou deux jours?

Vous vous sentez plus disposé pour un itinéraire de deux jours et vous ne voulez pas alourdir vos deux roues avec du matériel de camping? Dorval-Lodge, 80 km après Louvicourt, est une pourvoirie où on loue des chalets mais il faut réserver quelques jours à l’avance, et il n’acceptent pas toujours de louer pour une seule nuit. À vérifier. Même chose au Domaine, mais eux offrent, en plus, des chambres de motel.

Hypothétiquement, deux jours consacrés au Parc pourraient ressembler à l'un de ces scénarios :

- Val d’Or-Dorval Lodge (110 km) puis Dorval Lodge-Lytton (125 km). Il ne resterait alors que 50 km pour le jour suivant jusqu'à Mont-Laurier.
- Ou bien un petit Val d'Or-Louvicourt (33 km) avant le Parc: Louvicourt-Le Domaine (149 km) puis Le Domaine-Mont-Laurier (100 km).

Le Lac Roland, 165 km après Louvicourt (ou 35 km avant la sortie Sud du Parc).

Les chutes du Lac Roland, 2 km plus loin. Remarquez l'arc-en-ciel.

Quant au parcours lui-même, il n’était pas aussi « côteux » que je l’avais craint. Les montées n’étaient jamais abruptes comme en Estrie ou interminables comme dans nos cauchemars de cyclistes. Et j’ai été gâté par un vent généralement favorable. Je m’étais fixé pour objectif d’arriver au motel de Lytton, 7 km après la sortie Sud, avant 20h30, j’y suis débarqué de ma selle avec deux heures et demi d’avance.

Et les camions? J’ai vu bien pire sur des routes de Gaspésie ou de Montérégie... sans accotements!

Pensez à ce qui définit le parcours de vélo idéal : 1) des paysages époustouflants qui procurent des moments de grâce 2) sans pluie ni une température trop chaude ou humide 3) sur des routes carrossables et 4) loin de toute circulation automobile. J’avais 1), 2) et 3). Ça valait le coup.

Le TransAmerica Express au repos. Halte routière des chutes du Lac Roland, 5 août 2013.

Val d'Or, ville cyclable

Aux deux extrémités du parcours de cet été 2013, deux villes qui ont une chose en commun : beaucoup de voies cyclables. L’une s’appelle Montréal, l’autre... Val d’Or.

Je sais, on n’imagine pas vraiment Val d’Or comme une ville cyclable. En fait, à Montréal, on n’imagine pas Val d’Or du tout. Ce ne sont pourtant que 550 km —c’est moins loin que Toronto ou New York— mais il y a entre les deux un grand trou vert, immanquable sur les cartes : le Parc de la Vérendrye.

Mais je n’étais pas venu en Abitibi juste pour traverser le Parc à vélo. Après tout, des centaines de cyclistes l’ont fait avant moi : il y a non seulement une décennie que la route 117 est « balisée » Route Verte —ce qui signifie qu’il y a un large accotement asphalté d’un bout à l’autre du Parc. Mais en plus, Val d’Or est sympathique aux vélos : 49 km de voies cyclables dans une ville de 30 000 habitants, c’est pas mal.

Si vous voyez des poteaux dorés, c'est que vous êtes arrivés à Val d'Or.

Dans quatre directions, facile de sortir ou d’entrer : côté Nord, un parcours d’une quinzaine de kilomètres qui mène entre autres à une plage (Lac Blouin). Au Nord-Ouest, une piste de 10 km parallèle au boulevard, jusqu’à Sullivan. À l’Ouest, accotement asphalté sur 27 km, jusqu’à Malartic. Et à l’Est, l’accotement asphalté de la 117, qui s’enfonce dans les épinettes et les immensités vertes du Parc de la Vérendrye, jusqu’à Mont-Laurier —où vous faites la connexion avec la piste du P'tit train du Nord.

Marais sans nom près de Sullivan

J’étais venu en Abitibi avec mon vélo, par le train —terminus à Senneterre, à 75 km de Val d'Or— pour découvrir du même coup celui qu’on appelle le « train de l’Harricana », ou train du Nord, dernier segment survivant du train qui a jadis contribué à la colonisation de ces régions du Québec et du Nord de l’Ontario. J’étais venu aussi pour visiter Val d’Or, cette ville née des mines de cuivre et d’or de l’Abitibi et qui m’intrigue —parce que j’y ai habité de l’âge de 2 à 8 ans, et parce qu’elle a survécu au déclin appréhendé des mines : elle est devenue une capitale économique et culturelle pour cette région. Et elle est aux frontières de « notre » monde et du « vrai nord » —celui des Algonquins, des Attikameks et surtout des Cris, pour qui venir à Val d’Or, c'est « descendre dans le Sud ».

Elle se reconvertit, et le cycliste en moi veut croire que ses pistes cyclables en sont un (lointain) symptôme. Dans un échange par courriel, Ian Bélanger, de la division de l'Environnement et des Parcs de la ville, explique qu'une bonne partie du réseau cyclable a été décidée en 2002, dans un plan directeur visant à relier les municipalités nouvellement fusionnées (Sullivan, Dubuisson, etc.). Le passage de la Route Verte —qui ne fait pas que traverser le Parc mais traverse aussi la ville d'Est en Ouest puis poursuit jusqu'à Malartic— s'inscrit aussi dans cet effort.

Dommage que ce fameux Parc donne l’impression que ce soit plus loin de Montréal que ça ne l’est vraiment. La faute en est à une anomalie historique, qui est justement celle qui a donné naissance à l’Abitibi, « société distincte ». À la fin du 19e siècle, le mouvement de colonisation avait fait monter des jeunes gens dans les Laurentides, jusqu’à Mont-Laurier à 250 km de Montréal. Alors que ce mouvement s’essouflait, 250 autres km plus loin, des prospecteurs découvraient de l’or et du cuivre en Abitibi et faisaient du coup naître des villes : Amos (1910), Rouyn (1926), Val d’Or (1935). Le résultat dans la première moitié du siècle: deux régions en pleine croissance, l’Abitibi et les Hautes-Laurentides, mais séparées par cette immense tache verte, territoire pratiquement inhabité sinon par les Algonquins, aujourd’hui Réserve faunique La Vérendrye.

Les mines ont attiré des milliers de travailleurs venus des quatre coins du Québec, et de plus loin, comme en témoigne... cette église ukrainienne orthodoxe!

Aujourd’hui, la mine de Bourlamaque est fermée. Subsiste le village des mineurs...
...je doute que les maisons aient été aussi joliment décorées à l’époque...
...et le centre d’interprétation (appelé la Cité de l’Or). En revanche, à Malartic, à 27 km, on a plus que jamais les deux pieds dans la mine : il y a quelques années, la compagnie Osisko a déménagé à ses frais un quartier complet (200 maisons!), en plus de reconstruire une école secondaire et un centre communautaire. Une facture de plus d’un milliard et demi, à ce qu’on dit au Musée minéralogique de Malartic. Mais à en juger par la vitesse effarante à laquelle le « trou » s’est creusé en seulement deux ans, c’est rentable pour Osisko.

On « admire » cette mine à ciel ouvert depuis un belvédère situé au sommet d’un « mur » élevé pour limiter sur la ville le rejet des poussières créées par les explosions, deux fois par jour —sur la photo: à gauche, Malartic, à droite, la mine.

Et à deux pas de là (le belvédère est visible à gauche), un parc tout neuf, gracieuseté aussi d’Osisko. Autant dire que les écologistes montréalais auraient du mal à convaincre les habitants de Malartic qu’Osisko n’a pas bien fait les choses.

Pourtant, Val d'Or n'est pas si loin de Montréal. Ou du moins, ceux qui me connaissent comprendront pourquoi ça ne me paraît plus aussi loin. Pendant les quelques jours passés là-bas début-août, pédalant en ville et autour, je sentais la distance.
Mais ensuite, en faisant Val d’Or-Montréal à vélo (voir le billet suivant), j’ai retrouvé le sentiment qui m’a habité au terme de toutes mes longues randonnées aux États-Unis, spécialement celles qui s'achevaient sur le pas de ma porte: l’autre lieu devient tout à coup beaucoup moins loin quand on le pédale.

Pourquoi cette photo d'asphalte? Mes 30 secondes de nostalgie. C'est à cet endroit précis, sur la rue Cadillac à Val d'Or, avec mon école au bout de la rue, que j'ai donné jadis mes premiers coups de pédale.

Le citadin en moi est dubitatif. Je peux admettre qu'en hiver, les motoneiges aient le droit de circuler dans les ruelles. Mais comment se rendent-elles d'une ruelle à l'autre?

Dernière découverte personnelle, qui n’est pas en images: les Amérindiens. Ils sont partout au centre-ville de Val d’Or et là où les préjugés auraient vu en eux, il y a 20 ans, des gens venus pour s’amuser le temps d’une fin de semaine, on a plutôt affaire à un grand nombre de jeunes couples qui promènent leur enfant ou à de jeunes adultes qui jasent autour d’un Smoothies au Tim Horton tout en pianotant frénétiquement sur leur iPhone. Ils ne sont pas juste de passage : plusieurs travaillent ici ou étudient au cégep.

Ce qui a changé depuis mon enfance ici? La Convention de la Baie James qui, en 1975, a percé une route de l’Abitibi jusqu’à la Baie James, mais a surtout fourni aux Cris d’importants revenus qu’ils se sont employés à investir pour leur avenir (éducation, création d’entreprises, compagnie aérienne, etc.). Ici, je rêve, mais qui sait: peut-être cette transition entre leur culture et la nôtre sera-t-elle menée plus harmonieusement qu’elle ne l’a été ailleurs. C’est à suivre, à l’autre bout de la route.

vendredi 12 août 2011

Nouvelle-Orléans-Montréal: la version courte

Note: vous pouvez trouver sur ce site ma balade 2010, San Diego-Montréal, qui commence ici, et ma balade 2011, Nouvelle-Orléans-Montréal, qui commence ici (ou bien, dans la colonne de droite, cliquez sur 2011: juillet). Mais comme vous n'avez sûrement pas la patience de tout lire, voici la version courte du voyage 2011.

***

Une excursion à travers plaines, cols et vallées, au milieu de forêts et au bord de champs, prés, rivières, ruisseaux et bayous. J’ai eu droit à des perspectives surprenantes sur d’autres crêtes et d’autres vallées, à des villages huppés ou délabrés, à des routes achalandées et d’autres où il ne passait ni chien ni chat, à des pistes cyclables des plus tranquilles quoique moins directes, à des journées ensoleillées quoique chaudes et humides... ce qui m’a permis de confirmer qu’il est plus facile de rouler dans un climat chaud et humide que dans un climat chaud et sec!

J’ai croisé des gens admiratifs de me voir là ou indifférents, mais jamais arrogants ou agressifs envers le cycliste. J’ai vu des banlieues laides et d’autres très riches, des traces de la pauvreté partout et de la richesse, un peu moins partout. J’ai rencontré la récession, et elle me dit que ce pays n’est pas sorti du bois, ce qui veut dire nous non plus.

J’ai expérimenté des routes où je n’étais jamais allé et où je ne retournerai peut-être jamais, mais j’ai découvert des régions où j’aurai désormais un prétexte pour retourner, explorer en tire-bouchon routes secondaires et comtés voisins. J’ai vu un alligator, une fusée lunaire et CNN, j’ai traversé des tunnels pour la première fois à vélo et j’ai pris des mokas glacés sur des terrasses sans âme qui m’ont enchanté.

Je lis ce qu’a écrit Foglia en juillet et me dis que ce qui m’a manqué dans ce voyage, ce sont des pâtisseries et des boulangeries. Je m’attend à ce que je vais lire de Josée Nadia en France et je me dis que ce qui m’a manqué, ce sont des églises vieilles d’un millier d’années et des aqueducs 60 fois plus vieux que le pont Champlain. Mais j’ai rencontré un garçon noir de trois ans et demi qui n’avait jamais vu un Blanc de près, des motocyclistes québécois extasiés sur la Blue Ridge Parkway, j’ai jasé avec un cycliste local qui venait lui aussi de grimper à 1600 mètres, j’ai croisé plus encore d’églises que je ne croyais possible d’en entasser dans un village. Et j’ai constaté que bien souvent dans un village, le plus beau bâtiment, après l’hôtel de ville, est... la banque.

mercredi 3 août 2011

En finale: New York-Montréal

Ceux qui me connaissent savent que j'ai déjà fait Montréal-New York. Refaire ce trajet dans l'autre sens n'avait rien d'une corvée, au contraire: à tous ceux qui se cherchent un voyage à vélo de plus d'une journée, je recommande fortement cet itinéraire. Il est beau, il n'est pas trop lourd en côtes (moins que Montréal-Boston). Et il y a le facteur psychologique: que vous partiez de Montréal ou de New York, ça vous donne, au bout de la route, un objectif puissant, le genre d'objectif de nature à donner de l'énergie pendant les moments difficiles...

Très important, le facteur psychologique: bien plus important que d'avoir des jambes d'athlète. Le vélo, ça se passe dans la tête bien plus que dans les jambes.

J'ajoute à cela que tout au long de l'État de New York, on suit un itinéraire balisé pour les cyclistes —itinéraire qui, au contraire de celui que propose souvent notre Route Verte, est la route la plus directe. Ca se traduit par des panneaux verts "Route 9", qui conduisent de Rouses Point, à la frontière québécoise, jusqu'au pont George-Washington, par lequel on entre sur l'île de Manhattan. Ou vice-versa.
C'est la route que Josée Nadia et moi avions suivi scrupuleusement en 2006, mais il y a aussi des alternatives possibles. Par exemple, cette fois, puisque j'arrivais par New York, j’ai décidé d’explorer un peu ce qu'il y avait au nord de cette ville, et les 80 premiers km ont ainsi été un mélange de pistes, d'avenues résidentielles et de banlieues dont je n’avais jamais entendu parler: Elmsford, Scarsdale, Yorktown Heights... Après quoi, un col à franchir, et retour sur la route no 9.
La dernière partie du voyage : du nord de Manhattan (A) jusqu’à Rhinebeck (B) via des banlieues du nord-est de New York (27 juillet) puis Albany, la capitale de l’État de New York et Glens Falls (C, le 28 juillet), puis un détour par Burlington, Vermont (D, 29 juillet) avant les 150 derniers km jusqu’à Montréal (31 juillet), avec le village de Rouses Point (E) à mi-chemin.
Sur la piste cyclable North County Trailway : le pont du parc Kitchawan, un peu avant Yorktown Heights (75 km au nord de Manhattan). Lisez bien l’avertissement sur le pont.
Charmant petit café communautaire en entrant à Yorktown Heights... avant de s'apercevoir que c'est un Starbucks!

Incidemment, saviez-vous que la fameuse avenue Broadway, qui parcourt l'île de Manhattan du sud au nord, c'est la route 9? Si jamais, le long de l'Hudson ou du lac Champlain, vous entrez dans un village dont la rue principale s'appelle Broadway... vous savez maintenant pourquoi!
Une fois de retour sur cette route 9, on longe de plus ou moins loin la rivière Hudson jusqu’à la capitale, Albany . Villages tranquilles, jolies perspectives sur les Catskills, de l’autre côté de la rivière : la branche locale des Appalaches qui n’auront décidément jamais été loin dans ce voyage. Et pendant une grosse centaine de kilomètres, le parcours est plat... pour un cycliste qui en a long dans le corps, ça ne se refuse pas!
Ci-bas: à Castledon-on-Hudson, village à 15 km au sud d’Albany.
Et c’est ainsi que, toujours en suivant ces panneaux « vélo », on traverse un pont à Rensselaer pour entrer à Albany. On est alors à environ 230 km de New York, à 450 km de Montréal.

Albany : un centre-ville animé (du moins, il l’était ce jeudi-là), des autobus avec supports à vélo bien sûr...
... euh... il y a des résidents moins pressés que d’autres!
Presque toutes les capitales des États américains ont cet édifice avec une coupole dorée sur le dessus. Ci-haut, la coupole dorée serait censée être sur la tour de gauche. Je ne savais pas que ce truc pouvait s’enlever!
Ce chien montait déjà la garde quand Josée Nadia et moi sommes passés en 2006...

Et ensuite? D’abord, la banlieue d’Albany se prolonge sur 25 km vers le nord, sur les deux rives de l’Hudson...
... et le parcours en terrain plat, lui, se poursuit bien plus longtemps. Une autre centaine de km après Albany, d’abord le long de la rivière puis le long du canal Champlain, creusé au 19e siècle pour relier le lac Champlain à l’Hudson (ci-bas, une écluse, à Waterford).
Résultat, pour les Québécois, voici une région injustement méconnue, entre Albany et le sud du lac Champlain : la grosse agglomération, Glens Falls / Hudson Falls, est à 350 km de Montréal, soit à peine plus que Montréal-Québec. Les amateurs de vélo ont de quoi y trouver leur compte, ceux de randonnées pédestres aussi —les montagnes, rappelez-vous, ne sont pas loin— et le lac George est juste à côté.
Et si c’est l’Histoire qui vous intéresse, il y a toujours Ticonderoga (ci-haut) : petite ville au bord du lac, mais surtout ancien fort français, à 250 km au sud de Montréal.

La rue principale s’appelle Montcalm. Ils n’ont pas encore appris la nouvelle, eux?

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Je connais mieux mon continent depuis que je le pédale
Je ne sais pas pourquoi les distances me fascinent autant. C’était pareil dans mes randonnées de quelques jours. Mais j’ai remarqué une chose qui se produisait en moi ces dernières années, à mesure que je m’éloignais de Montréal : voyager autant à vélo donne une nouvelle vision de la géographie. Celle d’une région ou d’un continent. Comme je l’ai écrit l’an dernier : « Je connais mieux mon continent depuis que je le pédale ».

L’idée n’est pas de convaincre les autres —vous, par exemple, qui lisez ceci— que « vous aussi, vous pourriez faire tout ça ». Je n’ai pas cette ambition. L’idée est plutôt « eh, si moi, j’ai fait ça à vélo, c’est que ça n’est pas aussi loin que je l’imaginais ».

Car il est indéniable que, dès qu’il s’agit des États-Unis, nous avons l’équivalent d’un écran devant les yeux, qui s’appelle la frontière : pour les Montréalais, 300 km vers le sud, jusqu’au bout du lac Champlain, nous semble beaucoup, beaucoup, beaucoup plus loin, que 300 km jusqu’à Québec. Ou même 600 km jusqu’à Toronto.
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J’aurais pu continuer ainsi à remonter fidèlement la route 9 jusqu’à la frontière. Comme je savais qu’un dernier col m’attendait au sud de Plattsburgh, j’ai décidé de prendre un traversier à Essex pour faire un détour par le Vermont et ainsi, finir la journée à Burlington.
Le soleil couchant sur le lac Champlain, à Burlington, 30 juillet 2011.
Je suis souvent allé à Burlington ces dernières années. C’est une ville étonnamment dynamique pour sa petite taille et, à mes yeux, beaucoup plus intéressante, plus intelligente, que Plattsburgh. Et puis, qui pourrait résister à Ben & Jerry?

Burlington est, elle aussi, injustement méconnue : elle n’est qu’à 150 km de Montréal... la distance de Trois-Rivières!

Et 150 km sur un terrain à peu près plat —les plus grosses côtes sont aux km 10-20 après Burlington— ça se fait en une journée... surtout quand on sent la ligne d’arrivée!
Un dernier café en sol américain à Rouses Point, à 1 km de la frontière —le meilleur moka glacé de la région, tous pays confondus!...
... un poste-frontière où j’ai eu le plaisir d’entendre le douanier me poser la question « où êtes-vous allé » pour avoir le plaisir de lui répondre « Nouvelle-Orléans, monsieur! »... Ce qui n’a guère semblé l’impressionner. Bon, c’est mon deuxième voyage « transcontinental » : les douaniers canadiens seraient déjà blasés?
... et les premiers tours de roue au Québec en 3200 km pour me redonner goût à l’asphalte québécoise, unique en Amérique du nord!
Mais je ne veux pas finir sur une note négative. La piste du canal Richelieu, c’est tout de même très beau aussi. Je me demande d’ailleurs si les habitants de Saint-Jean savent qu’ils habitent sur la route de la Nouvelle-Orléans? Ça leur ferait une belle publicité, non?

Bon, j’arrête là. 24 jours, 11 États américains, 3300 km. C’est un maudit bon vélo.

mardi 2 août 2011

Pistes cyclables: avec Google, c'est nul!

À l’aéroport international de Baltimore, pas d’inquiétude : si un avion rate la piste d’atterrissage, il peut choisir la piste cyclable. Cette photo a été prise depuis la piste cyclable.
Assez impressionnant. Les fans d’avions adoreraient Baltimore juste pour ça.

Plus sérieusement, la piste (la cyclable, pas l’autre), avait une deuxième qualité : après avoir contourné l’aéroport, 10 km plus loin, alors qu’il me restait une grosse trentaine de km jusqu’au centre-ville, j’ai cessé de suivre les indications de Google Maps (prendre telle rue pendant 8,3 km, tourner à gauche pendant 0,3 km, etc.) et je me suis plutôt fié aux panneaux indicateurs verts marqués d’un vélo, qui, tous les 10 ou 15 coins de rue, indiquaient « Baltimore ». Plutôt vague, direz-vous : Baltimore-centre, ou bien juste « l’entrée » à Baltimore, pour laquelle il y a autant de choix que l'entrée à Montréal par la Rive-Sud? J’ai fait le pari que c’était le centre-ville, et c’était le cas.

Le lendemain, sur les 30 derniers km jusqu’au centre de Philadelphie, le même scénario s’est répété, à travers des avenues et des boulevards impeccablement marqués d’un panneau jaune « Share the road ». 10 sur 10 pour les politiques cyclistes du Maryland et de la Pennsylvanie.

Mais attention : je parle ici de voies partagées. Pour les pistes cyclables séparées de la circulation, c’est une autre paire de manches : j’ai découvert, par essais et erreurs, qu’il ne faut pas se fier à Google Maps, sauf s’il y a abondance de panneaux indicateurs... et zéro embranchement!

Par exemple, cette piste Chief Ladiga en Alabama, dont j’ai parlé ici. Aucune erreur possible : si vous arrivez par l’ouest, Google vous indique qu’après avoir pris la route Alexandria-Jacksonville pendant 10,3 km, vous croiserez la piste, que vous n’aurez dès lors plus qu’à suivre pendant des dizaines de km, dépendamment de votre destination.

Mais avec la piste Delaware Canal, entre Philadelphie et Trenton (New Jersey), problème. Elle commence au milieu de nulle part, sans panneaux pour l’annoncer. Elle s’interrompt trois fois, dont une au milieu d’un champ de pierrailles. Et elle finit... au pied d’un escalier! Mon avis: Google ne fait pas encore la différence entre un vélo et un marcheur. Point positif : le décor est enchanteur.

Au nord de New York, c’est pire.
Sur la carte, ça semble pourtant clair : quitter l’avenue Putnam à droite par Putnam Trail (0,2 km), puis à droite la Old Putnam Trail (1,6 km), puis à gauche l'Old Putnam Trail (1,1 km) qui devient la South County Trailway... Or, sur place, non seulement aucun panneau n’indique-t-il si on est sur la Putnam ou la Old Putnam, mais les embranchements sont tels que rien que pour la première intersection, à 0,2 km, on a déjà deux choix. Trois kilomètres plus loin, j’avais fait une longue montée pour rien, puisque je me retrouvais au bord d'une autoroute.

Même scénario le lendemain où plutôt qu'une South County Trailway que je n'ai jamais retrouvée, j'ai pris une Bronxville Trailway, tout aussi jolie, mais menant légèrement plus à l’est.

Tous les cyclistes qui ont fait un long trajet (que ce soit une journée ou un mois) en s’efforçant de suivre un itinéraire ont déjà eu ce problème dans les rues d’une ville. À vélo, il est en effet normal de ne pas calculer scrupuleusement les dixièmes de kilomètres et de se demander tout à coup si c’est à cette intersection ou à la suivante qu’il faut tourner. Mais dans ces cas-là, en général, on a des panneaux indiquant le nom de la rue. Je crois que les génies de Google n’ont pas encore réalisé que les pistes, c’est pas pareil...

Et ça, c’est sans compter toutes les fois où, si vous demandez à Google de vous tracer un itinéraire « vélo » entre deux villes (l'option existe depuis l'an dernier), il va choisir de vous faire faire un détour de 50 km... s'il trouve une piste cyclable quelque part par là.

Bref, l’intention est bonne, mais prévoyez des heures supplémentaires, spécialement si votre parcours cyclable a plus d’un embranchement.